Vers la fin d’un mythe : les mites ne sont pas que nuisibles pour l’homme

Il y a des noms d’animaux ou d’insectes qui ont une connotation très souvent négative pour bon nombre d’entre nous : de la hyène à l’araignée en passant par les serpents, leur simple évocation provoque, selon les sensibilités, au mieux quelques frissons, au pire des phobies paralysantes.

Parmi ces sympathiques bébêtes, les mites, même si elles ne provoquent pas de crises d’hystérie systématiques chez ceux qui les découvrent, engendrent des réactions de franche hostilité. En effet, que ce soit la mite alimentaire ou pyrale (famille des pyralidés) qui se régale entre autres aliments de farine en y pondant ses oeufs et surtout la mite des vêtements ou teigne (famille des tinéidés), ça ne s’invente pas, l’irruption de ces insectes de l’ordre des lépidoptères dans nos cuisines et nos armoires a tendance à provoquer leur élimination sur le champ, sans autres formes de procès.

Or ces ennemis intimes de l’espèce humaine pourraient lui être une source de bienfaits futurs bien supérieurs aux quelques tracas qu’ils peuvent occasionner sur nos aliments ou nos vêtements. Ainsi, en quelques semaines, des chercheurs viennent de faire deux découvertes sur les exceptionnelles capacités de certaines espèces de mites.

Ce sont tout d’abord des scientifiques de l’université de Strathclyde à Glasgow en Ecosse qui ont découvert que la fausse teigne de la cire, également appelée gallérie, était capable de percevoir des sons d’une fréquence supérieure à 300 kHz, ce qui constitue un record absolu dans le monde du vivant. Pour mémoire, le niveau maximum perçu par l’être humain est de 20 kHz (limite au-delà de laquelle on parle d’ultrasons) et celui du dauphin, animal réputé pour ses capacités auditives, est de 160 kHz. Pour ces chercheurs, la seule explication plausible d’un tel phénomène résiderait dans le fait que ces insectes ont développé un dispositif très sophistiqué de perception des fréquences sonores pour se protéger des chauve-souris, leurs prédateurs principaux, qui émettent elles-mêmes des ultrasons se répercutant sur les objets environnants afin de les guider dans leurs vols pour compenser une vision très limitée. Cette découverte va en tout cas permettre aux acousticiens de progresser dans la compréhension non seulement des ultrasons sur le plan de leur émission et de leur réception mais aussi dans la façon dont ils se propagent dans l’air. Quand on sait qu’ils sont exploités dans de très nombreux domaines comme par exemple la médecine avec l’échographie ou encore la chimie avec la sonication qui permet de rompre les membranes cellulaires, on peut s’attendre à de nouvelles innovations fort utiles dans le futur.

L’autre découverte sur les mites nous vient des Etats-Unis. Des chercheurs de la North Carolina State University travaillant sur l’amélioration de l’efficacité des cellules photovoltaÏques en couches minces (correspondant à l’accumulation de fines couches de silicium sur un panneau de verre pour réduire drastiquement la quantité de ce matériau rare et cher) dont les performances sont limitées par la réflexion de la lumière entre ces lames qui provoque une perte de l’énergie générée par ce dispositif (appelée interférence de couches minces), ont trouvé une solution à ce problème en étudiant la structure de l’oeil de cet insecte, décidément plein de ressources. En effet, c’est en cherchant à comprendre la raison pour laquelle une mite peut évoluer dans la pénombre qu’ils ont découvert que son oeil reflète en fait très peu la lumière grâce à une structure composée d’une multitude de petits cônes qui limite considérablement ce phénomène physique, d’autant plus important qu’il se produit sur une surface composée de différents matériaux. En outre, plus le support a un nombre de couches élevé, plus la perte de lumière due à la réflexion est importante, ce qui est le cas des cellules photovoltaïques actuelles. Partant de ce constat, les scientifiques ont fabriqué des nanostructures s’inspirant de l’oeil de la mite qu’ils ont insérées dans un support correspondant à la structure de ces cellules, comme on peut le voir sur l’illustration ci-dessous, et ont enregistré une réflexion de lumière 100 fois inférieure à celle se produisant sur une cellule classique.

© NC State University

En attendant probablement plusieurs années encore  la mise au point d’une feuille artificielle qui reproduira la photosynthèse et génèrera alors une énergie vraiment propre, cette découverte, en améliorant sensiblement l’efficacité des cellules photovoltaïques, devrait relancer les programmes liés à l’énergie solaire, aujourd’hui fortement entravés par  le coût du silicium, dont les stocks limités sont majoritairement détenus par le Chili et la Chine.

Comme quoi, la moindre petite espèce vivante, aussi insignifiante et nuisible soit-elle aux yeux de l’homme, peut recéler un potentiel exceptionnel d’innovations durables et donc de progrès pour l’humanité. Je ne regarderai donc plus les mites avec le même oeil dorénavant.

Source : University of Strathclyde Glasgow , Treehugger