Mon souhait pour le CEEBIOS

Pour vous, chers lecteurs, qui me faites l’honneur de lire ce blog et qui vous vous intéressez donc au biomimétisme, vous connaissez probablement déjà l’existence du CEEBIOS, Centre Européen d’Excellence en Biomimétisme de Senlis. Ce site, que je vous invite  à découvrir ici, a été pensé selon le principe du cluster américain dont l’équivalent français est celui du pôle de compétitivité.

Les esprits chagrins pointeront du doigt une nième structure de ce type sur notre territoire qui en compte déjà plusieurs dizaines, en partie financées par des fonds publics et dont l’utilité de certaines peut prêter à caution. Mais le CEEBIOS revêt pour moi un triple intérêt. D’une part il s’agit, sauf erreur, de la seule entité de cette nature dans le monde, entièrement dédiée au biomimétisme. Par ailleurs cette nouvelle discipline scientifique dispose, selon l’indice Da Vinci spécialement créé aux Etats-Unis pour suivre son évolution, d’un potentiel économique considérable, notamment en terme de gisement d’emplois ce qui, vous en conviendrez par les temps qui courent, est loin d’être négligeable. Enfin c’est sur la dimension européenne revendiquée par ce Centre que je voudrais insister. Certes aujourd’hui il ne s’agit que d’une lettre dans l’acronyme CEEBIOS mais je suis intimement persuadé que cette volonté affichée par les initiateurs de ce projet ambitieux d’impliquer tous les acteurs concernés à l’échelle d’un continent peut se concrétiser. Européen convaincu, peut-être parce que je suis né l’année de la signature du Traité de Rome et que je crois fondamentalement à l’apport du mélange des cultures, j’ai vu ce bel idéal d’après-guerre se construire et prendre chair avec en particulier ce qui restera comme son plus éclatant succès, je veux évidemment parler d’Airbus. Mais je constate aussi avec lucidité et peut-être malheureusement résignation, que cette Europe ne fait plus rêver grand monde, en tout cas parmi les peuples des premiers pays qui la constituèrent, tant elle est paralysée par des institutions inadaptées et une bureaucratie pléthorique qui ne fait parler d’elle que par les multiples normes qu’elle cherche à imposer comme la dernière en date portant, de façon presque caricaturale, sur les caractéristiques des chasses d’eau…

activités CEEBIOS

A l’image de la France, l’Europe a besoin d’une vision d’avenir s’appuyant sur quelques projets qui pourraient enfin, comme cette industrie aéronautique florissante, redonner du sens et une réelle dynamique à cette communauté de pays à la fois si proches et si différents qui en manquent tant aujourd’hui. Le biomimétisme par sa vocation à s’inspirer du vivant pour développer des innovations durables, respectueuses de la planète, par son caractère multidisciplinaire impliquant aussi bien des biologistes, des chercheurs, des médecins, des architectes, des designers ou des spécialistes en systèmes d’organisation et enfin par son potentiel de création de richesses qui devrait être confirmé en début d’année prochaine par l’actualisation à 2013 de l’indice Da Vinci fait sans conteste partie de ces programmes fédérateurs pour notre continent. Imaginez seulement ce que pourrait donner la mise en commun du savoir-faire des deux piliers européens que sont l’Allemagne, très en pointe dans le biomimétisme industriel, et la France avec ses multiples compétences en recherche fondamentale; ça aurait de la gueule!

Certes l’Europe ne sait pas faite en un jour et l’impuissance affichée par nos gouvernants pour la remettre sur de bons rails ne nous incite guère à l’optimisme mais je suis certain qu’une initiative comme le CEEBIOS appuyée par la mise en réseau de tous les acteurs européens impliqués dans le biomimétisme peut, par sa réussite, être un formidable moteur pour redonner un élan salvateur à cette formidable mosaïque de pays d’une richesse exceptionnelle.

Alors, même si mon penchant utopiste me fait souvent prendre mes désirs pour des réalités, je rêve de voir s’afficher sur le site de Senlis, dans un futur le plus proche possible, le mot biomimétisme décliné en grec βιομίμηση, en estonien biomimikri, en croate biomimikrije ou en polonais biomimikra.