Le braconnage des grands animaux d’Afrique : un crime contre l’humanité ?

Le braconnage des grands animaux d’Afrique : un crime contre l’humanité ?
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Il y a quelques années encore j’aurai probablement ironisé pour ne pas dire plus sur le caractère excessif voire provocateur d’un tel titre, même à la forme interrogative. Peut-on en effet parler en ces termes du mal fait aux animaux, qui plus est par des hommes, alors que tant d’êtres humains sont victimes de conflits et de guerres en tout genre, sans même évoquer les conditions de vie indignes de millions d’entre eux? Eternel débat aux frontières de l’anthropomorphisme et difficile à trancher.

Pourtant, de nombreux éléments m’amèneraient à supprimer le point d’interrogation que j’ai placé à la fin de cette phrase illustrant cet article. Tout d’abord, dans la définition communément admise d’un crime contre l’humanité figure le mot extermination. Or comment qualifier autrement les massacres à répétition touchant les éléphants ou les rhinocéros d’Afrique? Pas une semaine sans que les media annoncent, dans une indifférence grandissante, tant ces exactions se banalisent, l’élimination violente de  dizaines de ces animaux emblématiques de la faune africaine. La gravité de la situation a amené Nicolas Hulot, de retour d’une tournée en Afrique centrale en tant qu’envoyé spécial du président de la République pour la protection de la planète, a poussé un véritable cri d’alarme sur la disparition programmée des éléphants de forêt de cette  zone géographique dans les cinq ans qui viennent, si rien n’est fait. Je pourrai, comme beaucoup, me voiler pudiquement la face sur ce désastre annoncé en me disant qu’il est vain de dénoncer ce marché si lucratif de l’ivoire ou des cornes de rhinocéros, à commencer par les donneurs d’ordre des braconniers qui profitent notamment de la corruption encore très présente en Afrique pour répondre à la demande croissante de ces  matériaux naturels de la part principalement des asiatiques. Mais depuis que je m’implique dans la promotion du biomimétisme, j’ai appris à mesurer à sa juste valeur, l’importance de préserver la biodiversité sur terre, non seulement par le fait que chaque espèce vivante, minérale et animale, est une source d’inspiration unique pour des innovations durables, essentielles à la protection de la planète, mais aussi parce qu’elle contribue directement à pérenniser la vie des hommes. Ainsi, il faut savoir que les éléphants en mangeant les fruits des arbres puis en disséminant leurs graines présentes dans leurs déjections quelques dizaines de kilomètres plus loin contribuent à reboiser sur le long terme la forêt tropicale dont le rôle dans la captation du carbone et donc dans la régulation du climat n’est plus à démontrer.

Alors, même si ce simple billet de blog risque de se perdre dans la litanie des mises en garde exprimées sur le sujet sans aucun véritable effet jusqu’à présent, je ne peux me résoudre à rester silencieux sur ce crime organisé, de fait contre l’humanité, dont on risque de mesurer l’impact considérable, une fois encore quand le mal sera fait, à savoir après l’extinction de ces espèces qui constituent, comme l’être humain, quelques maillons simples mais essentiels de cette extraordinaire chaîne de la vie.