La tortue et les papillons

La tortue et les papillons
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Ce pourrait être le titre d’une fable inconnue de La Fontaine mais il s’agit juste d’une de ces innombrables histoires que la nature nous offre quant aux rapports parfois inattendus pouvant exister entre deux espèces vivantes comme dans le cas présent.

Mais que font donc ces papillons à virevolter autour de ces tortues de l’Amazone à taches jaunes, comme on peut le voir sur la photo ci-dessus? Une danse nuptiale, une attaque en règle des reptiles ou une simple rencontre fortuite sans lendemain? Rien de tout cela. La réponse est plus étonnante et trouve son origine dans le lieu où ce cliché a été pris, à savoir la forêt péruvienne, à l’occasion d’une expédition écotouristique organisée par la société Rainforest Expeditions . Un cours rapide de géographie, avec l’aide de la carte ci-dessous,  vous permettra de comprendre que l’ouest de l’Amazonie où se déroule cette scène surprenante est à plus de 1500 kilomètres de l’océan Atlantique à l’est tandis qu’à l’opposé se dresse la Cordillère des Andes, infranchissable pour ses insectes et derrière laquelle se situe l’immense océan Pacifique.

carte du pérou

Mais quel rapport me direz-vous entre les tortues, les papillons et ces deux océans.? Et bien la réponse tient en deux mots : larme et sodium. Comme nous autres humains, nos amies les tortues ont des larmes contenant, comme les nôtres, du sodium qui donne à ce liquide ce goût salé bien caractéristique (rappelez-vous ce qui se passe quand vous pleurez à chaudes larmes …). Or, à l’instar de beaucoup d’espèces animales, les papillons ont un besoin vital de sels minéraux et notamment de sodium présent en abondance dans les océans. Compte tenu de l’impossibilité pour ces insectes d’atteindre physiquement ces immenses réservoirs de sel présents de part et d’autre du continent sud-américain, ils ont mis en place une stratégie communément utilisée par certaines espèces pour dénicher des denrées rares dans leur habitat naturel, à savoir en l’occurrence, vous l’aurez compris, butiner les larmes, pour ne pas dire les yeux de ces tortues afin de se délecter de ce si précieux nutriment. Reste que le comportement de ces papillons, imité par d’autres insectes comme les abeilles, outre le fait qu’il doit sérieusement incommoder ces reptiles  larmoyants, peut les mettre en danger en détournant leur attention de leurs prédateurs.

La morale de cette belle histoire, à défaut donc d’être un beau roman,  est qu’une fois de plus la nature à travers ses composantes animales, végétales ou d’écosystèmes nous donne une formidable leçon d’adaptation pour solutionner, dans cet exemple, un problème apparemment insurmontable. De quoi alimenter encore la réflexion des spécialistes du biomimétisme.