10ème Nuit de la Chouette : allez-y, c’est vraiment chou…

10ème Nuit de la Chouette : allez-y, c’est vraiment chou…
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Oui, j’ai frôlé le jeu de mot facile pour vous inciter à participer à cette belle manifestation . Mais pourquoi, me direz-vous, consacrer un billet de ce blog dédié au biomimétisme à promouvoir un évènement qui vous propose d’aller passer quelques heures dans la froideur d’une nuit d’un printemps à peine arrivé et qui a bien du mal à nous faire oublier cet hiver à rallonge? Pour de multiples raisons que je vais vous exposer dans les lignes qui suivent, non sans vous avoir  préalablement donné les explications du choix de cette date, aimablement communiquées par Céline Gageat, de la Ligue de Protection des Oiseaux, organisatrice de cette 10ème Nuit de la Chouette avec la Fédération des Parcs Naturels Régionaux de France.  Cette date correspond en fait au samedi le plus proche de la pleine lune de mars car c’est la période la mieux adaptée à l’observation et à l’écoute des rapaces nocturnes, tant pour le nord que pour le sud de la France, la pleine lune favorisant par ailleurs, si le temps le permet évidemment , les conditions de lumière qui optimisent les chances d’observer ces oiseaux.

Venons-en donc à mes motivations pour traiter ce sujet, en commençant par m’adresser  aux participants qui feront l’effort de sacrifier un samedi soir au chaud dans le confort de leur domicile; ils verront que bien couverts cela ne fait pas mal, bien au contraire car toute immersion dans la nature, qui plus est avec un but précis et encadrés par des spécialistes est une source de bonheur simple et d’apprentissage d’autant plus efficace que, dans le cas présent, leurs sens seront sollicités pour découvrir le comportement des chouettes ou autres effraies.

Cette opportunité de contact avec les éléments naturels est essentielle car plus j’avance dans mes connaissances sur le biomimétisme plus je prends conscience de l’importance de sensibiliser le grand public et notamment les citadins au monde vivant qui les entoure, en particulier à la biodiversité dont la préservation est capitale non seulement pour le développement de cette science récente mais surtout pour la survie même de notre planète. Or, dans ce contexte, le cas des chouettes et plus généralement des rapaces nocturnes est exemplaire.

Tout d’abord ces oiseaux méconnus car vivant par définition la nuit et qui sont de précieux auxiliaires des agriculteurs et des jardiniers de par leur régime alimentaire, sont aujourd’hui menacés par deux dangers principaux; en premier lieu, la destruction de leur habitat progresse inexorablement à travers la suppression des haies, l’abattage des arbres creux et, plus surprenant, l’obturation des ouvertures dans les clochers or moins il y a de nids moins les espèces concernées peuvent se reproduire; par ailleurs leurs proies justement, constituées majoritairement de petits rongeurs et d’insectes, représentent paradoxalement pour eux un double piège à cause d’une part des pesticides qu’elles contiennent, constituant ainsi un poison autant invisible que redoutable et, d’autre part parce qu’en se faisant écrasées sur les routes, elles les attirent inévitablement sous les roues des voitures.

Ensuite, les facultés remarquables de ces volatiles, comme beaucoup d’autres oiseaux, sont une source inépuisable d’inspiration pour le biomimétisme. La première d’entre elles et sans doute la plus connue réside dans cette possibilité de faire pivoter leur tête de 270 degrés comme vous pourrez le découvrir dans cette vidéo de la BBC, ce qui leur donne un champ de vision bien supérieur au nôtre. Cette souplesse exceptionnelle des tissus constitutifs de leur cou, notamment les vaisseaux sanguins qui maintiennent, en position de torsion maximale, un flux de sang stable, fait l’objet d’études scientifiques pour améliorer la réparation voire la reconstitution des vaisseaux chez l’homme. Par ailleurs ces rapaces ont un vol totalement silencieux pour mieux surprendre leurs proies. Des chercheurs britanniques ont réussi à expliquer l’origine de ce phénomène provenant du fait que les plumes des ailes situées dans une zone appelée dans le jargon aéronautique « bord de fuite », que l’on peut voir sur le schéma ci-dessous, sont flexibles et poreuses.

En s’inspirant de ce dispositif remarquable, les ingénieurs pourraient à terme, après avoir solutionné les incidences sur l’aérodynamisme, réduire le bruit des avions provenant en partie du frottement de l’air sur leurs ailes. Poursuivons par les joues de ces animaux décidément hors normes. Les disques faciaux qui en font office équivalent en fait à nos oreilles et retransmettent les moindres sons vers les conduits auditifs de ces animaux, de quoi là encore alimenter les études scientifiques, en particulier des acousticiens. Enfin, leur sensibilité à la lumière, 10 à 100 fois supérieure selon les espèces à celle des êtres humains , fait l’objet de recherches chez les spécialistes de l’optique.

Je ne sais pas si les courageux qui décideront de participer à l’une des 700 manifestations de cette 10ème Nuit des Chouettes auront la chance de découvrir tout ce que j’ai pu apprendre en rédigeant cet article mais s’ils reviennent chez eux en ayant au moins retenu qu’il ne faut pas ramasser un poussin tombé du nid car les jeunes quittent le nid très tôt mais leurs parents continuent à les nourrir au sol, ils n’auront pas perdu leur temps et deviendront, je l’espère sincèrement, des défenseurs acharnés de ces oiseaux exceptionnels tout en contribuant à protéger la biodiversité.

Sources : BBC News Science & Environment, Scientific American, France Inter